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Article n°3


Du logement à l'habitat

Manifeste pour une architecture de l'intime


On sait construire des bâtiments.

On ne sait plus faire des lieux.


En 2022, je soutenais un mémoire de Master intitulé  Anthropologie de l'H[abri]tat : vers de nouveaux modes d'habiter. Un titre qui est déjà, en lui-même, une prise de position : dans le mot habitat, j'avais enchâssé le mot abri. Parce que c'est là que se situe le point de bascule. Un espace digne de ce nom n'est pas seulement un endroit où l'on vit. C'est un endroit où l'on s'abrite, non pas de la pluie, mais de l'agitation du monde. Un lieu où l'on se retrouve, où l'on incube, où l'on flâne.

Simplement.

L'espace n'est pas

un contenant


Maurice Merleau-Ponty écrit que notre corps n'est pas dans l'espace, mais à l'espace. Cette formulation engage une transformation profonde : elle implique que l'espace n'est pas un contenant neutre, mais une dimension active de notre existence. Nous n'y évoluons pas ; nous y sommes engagés.


Gaston Bachelard prolonge cette intuition en décrivant la maison comme une topographie de l'intime. Le coin, la cave, le grenier ne sont pas de simples fonctions : ils sont des résonances sensibles de notre intériorité. Des lieux de mémoire.


Selon la Fondatrice de l'Atelier, Marc Augé a su nommer ce que nous avons massivement produit à rebours : le non-lieu. Des espaces fonctionnels, anonymes, sans mémoire ni attache.


Des espaces que l'on traverse sans jamais les habiter.

Le Corbusier a

résolu le dehors

En 1945, dans une France à reconstruire, Le Corbusier propose une réponse à une urgence réelle : loger massivement, rapidement, dignement. Sa machine à habiter, rationnelle, reproductible, optimisée, constitue une avancée décisive. Il a résolu une question fondamentale : celle de l'enveloppe, du dehors, du toit.


Mais une autre question est restée en suspens. Celle de l'en-dedans.



Et cet en-dedans-là ne se standardise pas. Il ne se reproduit pas à l'identique, ne s'industrialise pas.


Il se construit, chaque fois, à partir d'une singularité.

Ce que nous recherchons

à l'Atelier

Aujourd'hui, nous vivons entourés d'espaces fonctionnels, optimisés, esthétiques même; mais interchangeables. Des appartements standardisés. Des cafés qui se ressemblent tous. Des hôtels sans mémoire.


Des espaces où l'on passe, mais où l'on ne reste pas.


Ce phénomène ne relève pas d'une faute individuelle. C'est un mécanisme : on reproduit ce qui fonctionne, jusqu'à ce que cela ne signifie plus rien. Un espace commercial qui ressemble à tous les autres n'est plus un lieu; c'est un décor.


Et un décor ne crée ni attachement, ni mémoire, ni désir de retour.


Seul le besoin nous y attache et appelle ledit retour.

Dan ne travaille pas à suivre des tendances. Elle travaille à révéler ce qui est singulier. Dans un lieu de vie, il s'agit de refléter une identité. Dans un commerce, d'incarner une promesse. Mais dans les deux cas, le travail est le même : aller sous la surface, là où quelque chose d'unique cherche à prendre forme.


C'est ce que l'on appelle à l'Atelier : le grain d'un lieu.


Cette qualité sensible, difficile à formaliser, mais immédiatement perceptible lorsqu'elle est juste. Ce moment où un espace cesse d'être générique.


Si Le Corbusier a rendu possible le fait d'avoir un toit, le travail de l'Atelier consiste à intervenir après. À l'intérieur de ce cadre; non pour le corriger, mais pour le compléter.


Réparer l'en-dedans, un lieu à la fois, pour quelqu'un à la fois.

Mon point de départ n'est jamais l'espace lui-même, mais ce qui cherche à exister dans un lieu.

Certains espaces nous engagent, nous transforment, nous habitent en retour.

D'autres nous laissent intacts.


- Dan, Le Manifeste de la Substance